«Essaouira, perle de l'Atlantique» : Un conte en bleu et ocre Posté le 17 juin 2005 à 00:20:18 BST
Sujet: Apparitions
|
 «Tout près de la mer, le pilote portugais Duarte Pacheco Pereira signale en 1506 sur terre ferme «la ville de Mogador». Mogador serait la déformation par les Portugais du nom du saint patron de la ville, Sidi Mougdoul. En 1628, Risilly écrit à Richelieu pour lui signaler la baie de Mogador et lui conseiller de «commercer avec les gens de Diabat».
En 1641, le peintre Adrien Matham, qui accompagnait un navire hollandais, faisait état de l'existence d'une Kasbah, abritée derrière les rochers où vivaient les corsaires de Beni Antar : « Les Maures de la kasbah…ont accueilli amicalement nos gens et ils nous ont envoyé leur interprète, un juif, en échange duquel, suivant leur coutume, l'un des nôtre devait rester à terre comme otage..» Abdelkader Mana ne manque pas de style. Pour nous raconter Essaouira.
La grande ville, la seule ville, fondée sur plan directeur, par la volonté d'un sultan Sidi Mohamed Ben Abdellah en 1764. Résultat ce beau livre abondamment illustré, et édité chez La Croisée des chemins sous le titre simple, presque générique : «Essaouira, la perle de l'Atlantique».
Essaouira, encore une autre perle, comme Marrakech, Tétouan ou Tanger. C'est banal comme titre, on le concède. Pas le livre.
Ethnologue, journaliste -on lui doit «Journal de route» sur les pérégrination de la Zaouia des Regraga avec lesquels il a fait le circuit en 1998- Abdelkader Mana est aussi l'auteur d'une série de documentaire pour le compte de 2M, sur les musiques du Maroc profond. Mana est surtout un natif d'Essaouira et fils d'un maâlam et doyen des marqueteurs de la ville, maâlam Tahar Mana.
C'est dire l'intérêt, la connaissance pour, et l'intimité de l'auteur avec l'objet de sa «parole». Loin d'être un livre sur Essaouira, un ennième dira-t-on, c'est un conte en bleu et ocre sur la ville que Mana nous offre tout au long de ces 215 pages. Un voyage dans les dédales de l'histoire centenaire au temps de l'arrivée des premiers Européens ; des tribus Haha et Chiadma et des hommes de la mer, mi-pirates et mi-aventuriers en tout genre. Du temps dur des caïds et du commerce caravanier :
«A cette époque tout le pays Haha était sous l'autorité du caîd Le Haj Abdellah Ou Bihi qui fit construire la ksbah d'Azghar avec ses deux tours rondes et son magazin voûté.
Il avait le contrôle de tout le commerce transaharien qui transitait par le pays haha. C'était un seigneur tout puissant. Même les zaouia lui versaient la dîme.».
Mais aussi du temps de la résistance contre l'envahisseur français conduit par un certain prince de Joinville qui bombarda la ville en 1844.
C'était le temps de la gloire avant la chute. Sous l'effet de la concurrence de Casablanca et son port construit plus tard. Essaouira, la ville es affaires et du commerce, fondée pour contenir, voire repousser la pénétration européenne devenue inexorable, en devient la première victime. Il en garde aujourd'hui encore les stigmates de ce passé à la fois tourmenté et foisonnant.
C'est ce qui fait son charme, un tantinet désuet qui s'acharne à renaître. C'est un livre à voir mais surtout à lire.
|
|
| |
| Classement de l'article | Average Score: 0 Votes: 0
|  | | |